Les méthodes d’observation du cycle : ce qu’il faut savoir

Les « méthodes naturelles » font l’objet d’une confusion de langage

L’expression française méthodes naturelles est source de confusion car elle inclut à la fois :

  1. Celles que l’OMS classifie de « méthodes traditionnelles » :
    • la méthode du calendrier (ou Ogino) (qui consiste à compter les jours afin d’estimer le jour d’ovulation et s’abstenir de rapports sexuels pendant les jours statistiquement prédits comme fertiles) et
    • la méthode du retrait (ou coït interrompu) .

Leur efficacité est faible : efficacité théorique de 91% à 96%, mais surtout une efficacité en pratique de 73% à 75% (source OMS). Elles ne sont pas l’objet de notre propos !

  1. Et les Méthodes d’Observation du Cycle (MOC), ou FABM (fertility-awareness based methods), classées quant à elles par l’OMS parmi les « méthodes modernes de contraception » (au même titre que la pilule ou le DIU), mises au point ces dernières années par des équipes de médecins chercheurs. 

La science qui sous-tend les méthodes d’observation du cycle est récente et sans cesse actualisée

Le cycle menstruel est une composante essentielle de la santé d’une femme. Ni métronome ni robot, il répond pourtant à des lois physiologiques naturelles que la science a découvertes depuis 60 ans.

Il se déroule avant et après l’évènement crucial que représente l’ovulation. Au cours d’un cycle menstruel, seuls 7 à 8 jours seront en général considérés comme fertiles, correspondant à la durée de vie des spermatozoïdes avant l’ovulation jusqu’à la confirmation que l’ovulation a bien eu lieu.

Le corps de la femme envoie des signaux très clairs, nécessaires et suffisants, de l’ouverture et de la fermeture de cette période fertile tels que la glaire cervicale, la température, la sensation d’humidité à la vulve, l’ouverture du col de l’utérus, que la femme peut facilement apprendre à reconnaître.

Les principales méthodes enseignées en France sont : la méthode de l’ovulation Billings, la méthode sympto-thermique dite aussi symptothermie ou méthode des indices combinés, et la méthode Fertility Care.

Les méthodes d’observation du cycle sont efficaces pour éviter une grossesse

Efficacité contraceptive OMS

Ce graphique est un extrait illustré du tableau complet de l’OMS consultable ici : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs351/fr/

Avec une efficacité de 95% à 99,6% prouvée par de nombreuses autres publications scientifiques que celle que cite l’OMS, les Méthodes d’observation du cycle représentent une alternative crédible aux moyens de contraception artificiels. De nombreuses études dédiées à leur fiabilité sont reprises dans mon tableau récapitulatif.

Attention, les méthodes d’observation du cycle ne sont pas une « contraception comme une autre »

Leur approche est radicalement différente d’une contraception classique puisqu’au lieu d’empêcher de façon artificielle un rapport sexuel de conduire à une fécondation, elles permettent de savoir au jour le jour si un rapport sexuel est susceptible de conduire à une fécondation.

Ainsi, contrairement aux méthodes artificielles de contraception, le choix des MOC pour gérer sa fertilité nécessite :

  • une véritable adhésion de la femme et du couple,
  • un investissement pour se former auprès de conseillères/monitrices formées,
  • et une motivation quotidienne continue.

Elles confèrent une véritable autonomie aux femmes, grâce à une connaissance fine de leur propre corps.

Elles apportent une information précieuse sur leur santé hormonale (cf. FEMM Health) en permettant d’identifier et soigner d’éventuels dérèglements, sans se contenter d’en masquer les symptômes.

Elles sont parfaitement réversibles le jour où le couple souhaite favoriser une grossesse.

Les applis qui buzzent ne sont pas des méthodes d’observation du cycle

De façon plus ou moins élaborée, de nombreuses applications de suivi de cycle proposent aux femmes sur les playstore de suivre leurs règles et prédire leur phase fertile de façon statistique sur la base des cycles précédents.

Ces applis ne sont qu’un vernissage de la méthode du calendrier dite méthode Ogino, à classer parmi les méthodes traditionnelles et peu fiables.

Parfois elles proposent l’analyse d’une courbe de température, reprenant alors les bases d’une méthode qui date de 1930, elle aussi dépassée.

Aucune méthode fiable ne peut se dispenser de l’observation quotidienne des signes (ou biomarqueurs) de fertilité et en particulier de celui de la glaire cervicale sécrétée au niveau du col de l’utérus et témoin essentiel de l’activité hormonale du cycle (cf. par exemple travaux du Pr. Odebald).

Les femmes sont en demande d’une contraception « plus naturelle »

Cette demande est dans l’air du temps, et légitime.

La contraception hormonale a pour effet de bloquer le processus naturel du cycle ovulatoire. Elle comporte son lot d’effets secondaires (cf. étude Les femmes et la pilule de Sabrina Debusquat où on lit par exemple que 70% des femmes ayant arrêté la pilule souffrait d’un manque de libido, près de 54% de prise de poids, et 52% de troubles de l’humeur), parfois (et trop souvent) graves (cf. le site de l’AVEP).

Face à cette demande, la société française et ses professionnels de santé ont deux options :

  • Rejeter en bloc les « méthodes naturelles » et continuer d’affirmer que seule la contraception est la solution, avec le résultat que l’on connaît (nombre d’IVG stable depuis 20 ans), et le risque que les femmes « bidouillent » seules ou se tournent vers des applications smartphone trompeuses ;
  • Permettre un choix éclairé, à l’exemple de nombreux pays étrangers, en donnant une information précise sur :
    • la physiologie du cycle menstruel et ses biomarqueurs de fertilité,
    • les moyens d’action des différents contraceptifs,
    • et l’alternative à la contraception que représentent les méthodes d’auto-observation – sans sous-estimer l’exigence qu’elles requièrent.